1972, juillet, Japon. Dans les usines Honda, une petite voiture révolutionnaire sort des chaînes de montage. Elle s'appelle la Civic, et elle va littéralement changer le monde automobile pour toujours. Mais personne ne s'en doute encore.
Imaginez : tous les constructeurs américains de Detroit jurent devant le Congrès qu'un moteur respectant les futures normes antipollution, c'est tout simplement impossible à fabriquer. Tous, sans exception. Et puis débarque Honda avec leur petite Civic qui annonce tranquillement : "nous, on l'a déjà fait".
Je vais vous raconter comment une petite marque japonaise de motos a créé la voiture qui a humilié l'industrie automobile mondiale entière.
Les débuts de l'empire Honda
Pour comprendre ce miracle, il faut d'abord comprendre l'homme derrière : Soichiro Honda. Et là, je vais vous dire, c'est tout un personnage. Né en 1906 dans un petit village japonais, fils de forgeron, il découvre sa première automobile quand il est encore gamin. Une Ford T qui passe dans son bled paumé.
Et vous savez ce qui l'a marqué le plus ? L'odeur d'huile moteur qui s'échappait du véhicule. Il dira plus tard qu'il ne pourrait jamais oublier ce "parfum", comme il l'appelait. Moi, je trouve ça magnifique qu'une carrière entière puisse naître d'une simple odeur, pas vous ?
Mais Soichiro, c'est pas un rêveur. C'est un pragmatique. En 1949, il s'associe avec Takeo Fujisawa, un stratège commercial né en 1910. Et là, ça devient intéressant parce que c'est exactement le type de duo qui fonctionne : d'un côté le génie technique, de l'autre le cerveau commercial. Un partenariat qui va durer 25 ans et transformer Honda d'un petit atelier en géant mondial.
Sauf qu'au début des années 70, Honda, c'est encore une marque de motos. Ils font du deux-roues, point barre. Et quand ils se lancent dans l'automobile, tout le monde ricane un peu. Les Américains avec leurs gros V8, les Européens avec leur savoir-faire centenaire... qu'est-ce qu'une petite marque japonaise de motos pourrait bien leur apprendre ?
La naissance d'une révolution
Mais Honda, ils ont un plan. Un plan inspiré du "Japan's People Car Plan", un programme gouvernemental japonais qui vise à créer une automobile pour le peuple. L'idée ? Cinq mètres cubes habitables contenus dans un minimum de place. Une voiture civique, simple d'usage et d'entretien, fiable et économique.
Et c'est comme ça que naît la Civic. Pas de nom marketing compliqué, pas de fioritures. Civic, point. La voiture du citoyen.
Juillet 1972, la Honda Civic débarque au Japon. 3,54 mètres de long, moins de 700 kg sur la balance, moteur 4 cylindres de 1169 cm³ développant 50 chevaux. Sur le papier, rien d'extraordinaire. Mais sous le capot, une révolution se cache.
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Le miracle technique du CVCC
Parce que Honda, ils ont un problème à résoudre. Un gros problème. Le Clean Air Act américain de 1970 exige une réduction de 90% des émissions polluantes. Et quand je dis que tous les constructeurs de Detroit ont déclaré que c'était impossible, je rigole pas. Ford, General Motors, Chrysler, tous devant le Congrès à jurer leurs grands dieux qu'un tel moteur ne peut pas exister.
Alors Honda développe le CVCC : Compound Vortex Controlled Combustion. Un nom barbare pour un système génial. L'idée ? Créer deux chambres de combustion dans chaque cylindre, une petite avec un mélange riche, une grande avec un mélange pauvre. Résultat : combustion quasi-parfaite, émissions réduites de 90%, et tout ça sans pot catalytique ni carburant sans plomb.
Mais voilà le truc le plus dingue : quand l'EPA américaine veut tester ce fameux moteur CVCC en 1972, Honda n'a pas encore de voiture assez grande pour l'accueillir. Alors vous savez ce qu'ils font ? Ils installent leur moteur révolutionnaire Honda dans une Nissan Sunny ! Avec des sacs de sable pour augmenter le poids du véhicule !
J'imagine la tête des ingénieurs Nissan s'ils avaient su qu'une de leurs voitures allait servir de mule d'essai pour valider la technologie de leur concurrent...
L'humiliation de Detroit
Et le résultat ? Le premier moteur à passer haut la main les normes antipollution de 1975. Pendant que Detroit continue de pleurer que c'est impossible, Honda arrive, dépose son petit moteur sur le banc d'essai, et cartonne tous les tests.
L'humiliation est totale. Une petite marque japonaise de motos vient d'enseigner la technologie automobile aux inventeurs de la voiture moderne.
Mais attention, ça n'a pas été simple. En 1970, Soichiro Honda refuse catégoriquement d'abandonner ses moteurs à refroidissement par air. C'est alors que son associé Takeo Fujisawa lui lance un ultimatum : soit il accepte le refroidissement liquide pour développer le CVCC, soit il démissionne de son poste de président pour redevenir simple ingénieur.
C'est du chantage pur et simple ! Mais ce "chantage" va forcer Honda à développer la technologie qui révolutionnera l'industrie.




















































































































































