Juillet 1924, Spa-Francorchamps. Il fait nuit, et 200 lampes à acétylène illuminent tant bien que mal un circuit de 15 kilomètres qui serpente à travers les Ardennes belges. Les phares des voitures de l'époque ne suffisent pas, alors on a improvisé comme on peut. Dans la voiture de tête, un mécanicien italien du nom d'Attilio Marinoni se cramponne à son siège - il devra rester dans cette caisse pendant 24 heures complètes, c'est le règlement. Dehors, des feux d'artifice illuminent le ciel belge. C'est la première édition des 24 Heures de Spa, et personne ne se doute qu'on vient d'assister à la naissance de la deuxième plus ancienne course d'endurance au monde.
Parce que oui, contrairement à ce qu'on pourrait penser, les 24 Heures de Spa sont nées seulement un an après celles du Mans. Pendant qu'au Mans on fêtait sa première édition en 1923, les Belges se disaient déjà "et nous alors ?". Résultat, dès 1924, Spa-Francorchamps organisait sa propre course de 24 heures. Et moi, ça me fascine cette époque où on créait des courses d'endurance comme on ouvrait des boulangeries - avec passion et sans trop savoir si ça marcherait.
Les premiers vainqueurs, Henri Springuel et Maurice Becquet, bouclent 1800 kilomètres avec leur Bignan 2L. 1800 kilomètres en 24 heures sur un circuit de 15 bornes en pleine nature, avec pour seul éclairage des lampes à acétylène et l'espoir que les freins tiennent le coup. Franchement, chapeau les gars.
Les années folles d'Attilio Marinoni
Mais le vrai héros de cette époque, c'est ce fameux Attilio Marinoni dont je vous parlais. Ce mec, c'est un mécanicien chez Alfa Romeo qui va réussir un truc absolument dingue : remporter trois victoires consécutives entre 1928 et 1930. Trois fois d'affilée ! Vous vous rendez compte ?
Et le plus fou dans tout ça, c'est sa victoire de 1930. Picture this : le pilote principal Pietro Ghersi se blesse au genou pendant un arrêt aux stands. Marinoni, qui jusqu'ici faisait le mécanicien, enfile son casque et prend le volant pour terminer la course. Il gagne. Comme ça, tranquille. Un mécanicien qui devient pilote en cours de route et qui remporte les 24 Heures de Spa, franchement ça s'invente pas.
Ce record de trois victoires consécutives, il faudra attendre 1982 - soit 52 ans ! - pour qu'Hans Heyer arrive enfin à l'égaler. Vous imaginez un peu la classe d'Attilio ? Je me dis parfois que dans cette époque héroïque, les mecs avaient vraiment des c... en acier trempé.
La domination d'Alfa Romeo
D'ailleurs, entre 1929 et 1938, Alfa Romeo écrase littéralement la concurrence à Spa. Cinq victoires supplémentaires avec les modèles 6C et 8C. C'est simple, quand tu voyais débarquer une Alfa, tu savais déjà qui allait gagner. Les Italiens avaient trouvé la recette magique : des moteurs puissants, une fiabilité correcte pour l'époque, et des pilotes qui n'avaient peur de rien.
Mais bon, toutes les belles histoires ont une fin. La crise de 1929 tape fort dans le monde de l'automobile, et en 1934, 1935 et 1937, pas de 24 Heures de Spa. L'argent manque, les constructeurs se serrent la ceinture, et les courses d'endurance passent après la survie des entreprises. C'est ça aussi l'histoire de l'automobile : des périodes fastes suivies de vaches maigres.



















































































































































