4 janvier 1960, route de Sens, près de Villeblevin. Une Facel Vega FV file à vive allure sur l'asphalte mouillé. À bord, deux hommes : Michel Gallimard, neveu de l'éditeur, au volant, et Albert Camus, prix Nobel de littérature, côté passager. Dans le coffre, le manuscrit inachevé du "Premier Homme". En quelques secondes, tout bascule. La voiture quitte la route, percute un platane. Camus meurt sur le coup. L'ironie tragique ? Quelques années plus tôt, l'écrivain avait déclaré que "le moyen le plus absurde de mourir serait dans un accident de voiture". Et c'est dans l'une des voitures les plus prestigieuses de France qu'il trouvera la mort.
Mais qu'est-ce qui rendait cette Facel Vega si spéciale ? Comment une petite entreprise française a-t-elle réussi à séduire les plus grandes stars mondiales avant de s'effondrer en seulement dix ans ? Aujourd'hui, je vous raconte l'histoire de la dernière marque française de grand tourisme, celle qui a voulu défier Ferrari avec des moteurs américains et un style bien de chez nous.
Les fondations d'un rêve français
Pour comprendre l'histoire de Facel Vega, il faut d'abord remonter aux années 1930 et rencontrer Jean Daninos. Ce fils d'immigrés grecs, né en 1906, commence sa carrière chez Citroën en 1928. Là-bas, il apprend les techniques de carrosserie tout acier, une expertise qui lui servira plus tard. Mais Jean, c'est pas juste un technicien lambda - c'est un visionnaire qui rêve de créer des voitures d'exception.
Pendant la guerre, Daninos fonde Facel en 1939. Mais attention, à l'époque, on ne parle pas encore de voitures de luxe. Non, Facel fabrique des gazogènes à bois ! Et vous savez quoi ? Ils deviennent carrément la première marque française de gazogènes. Je sais, ça fait pas rêver comme ça, mais il faut bien commencer quelque part. Ces gazogènes BBK acquièrent une excellente réputation - déjà, on voit que Daninos a le souci du travail bien fait.
Après la guerre, Facel se spécialise dans la carrosserie industrielle. Ils bossent pour Simca, Ford France, font des carrosseries de bus... Mais Jean Daninos, lui, il a d'autres ambitions. Il regarde ce qui se passe à l'étranger : Ferrari en Italie, Aston Martin en Angleterre... Et il se dit : "Pourquoi pas la France ?"
La naissance d'une étoile
Et c'est là qu'intervient Pierre Daninos, le frère de Jean. Vous le connaissez peut-être : c'est l'auteur des "Carnets du Major Thompson", un humoriste célèbre de l'époque. Un soir, autour d'un verre, Jean explique son projet à Pierre. Il veut créer une marque de voitures de prestige, mais il lui manque un nom. Pierre réfléchit, lève les yeux vers le ciel et lâche : "Vega !"
Vega, comme l'étoile la plus brillante de la constellation de la Lyre. Un symbole de puissance et de prestige. Le nom est trouvé. Facel Vega vient de naître, au moins sur le papier.
Mais passer du rêve à la réalité, c'est une autre histoire. En 1954, Jean Daninos a 48 ans et aucune expérience dans la construction automobile grand public. Il va pourtant réussir l'impossible : créer en quelques mois une voiture qui va faire sensation.
























































































































