Printemps 1933, dans les bureaux de Citroën quai de Javel à Paris. Un samedi matin, André Citroën fait les cent pas, nerveux. Depuis des mois, tous les projets de carrosserie qu'on lui présente pour sa future révolution automobile le déçoivent. Il faut que ce soit beau, il faut que ce soit moderne, il faut que ça marque les esprits. Mais là, rien. Que du classique, que du déjà-vu.
Et c'est alors qu'intervient Flaminio Bertoni, le jeune designer italien de 30 ans qui travaille chez Citroën depuis peu. Le type regarde son patron et lui dit : "Laissez-moi le weekend, je vais vous faire quelque chose." André Citroën hausse les épaules, sceptique, mais bon, qu'est-ce qu'il a à perdre ?
Ce que Citroën ne sait pas, c'est que ce weekend-là va changer l'histoire de l'automobile. Bertoni s'enferme dans son atelier avec une motte de Plastiline et travaille sans s'arrêter. Pas de crayon, pas de règle, pas de compas. Juste ses mains et son génie. Il sculpte. Toute la nuit du samedi, tout le dimanche. Quand il ressort le lundi matin, les yeux rougis par la fatigue, il tient entre ses mains la maquette de ce qui va devenir la Citroën Traction Avant.
Je dois vous avouer un truc : j'ai toujours été fasciné par ces moments où l'histoire bascule. Et là, on est pile dedans. En une nuit, Bertoni vient d'inventer les lignes de l'automobile moderne. Mais attendez, parce que l'histoire de la Traction, elle commence bien avant cette nuit magique, et elle est encore plus dingue que vous le pensez.
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André Citroën, le visionnaire qui voyait trop grand
Pour comprendre la folie de la Traction Avant, il faut d'abord comprendre son créateur. André Citroën, c'est le Steve Jobs de l'automobile des années 30. Le type a fondé sa marque en 1919 et en quinze ans, il en a fait le quatrième plus grand constructeur automobile au monde. Pas mal pour un ancien fabricant d'obus de la Première Guerre mondiale.
Mais André Citroën, c'est pas juste un industriel. C'est un visionnaire obsédé par l'innovation. Il veut révolutionner l'automobile, coûte que coûte. Et justement, ça va lui coûter cher. Très cher.
Au début des années 30, Citroën sent bien que le marché automobile va changer. Les voitures commencent à se démocratiser, mais elles restent encore archaïques. Châssis séparé, freins à câbles, propulsion arrière... tout ça, c'est de la technique du siècle passé. Lui, il veut faire du futur.
L'ingénieur viré qui allait changer l'histoire
Et c'est là qu'entre en scène André Lefèbvre. Ce mec, c'est l'archétype de l'ingénieur génial incompris. Diplômé de l'école supérieure de l'aéronautique, pilote de compétition, cerveau brillant... mais voilà, il travaille chez Renault, et Louis Renault ne le supporte pas.
Pourquoi ? Parce que Lefèbvre a des idées révolutionnaires qui dérangent. Il parle de traction avant, de carrosserie monocoque, de suspensions indépendantes. Des trucs de fou pour l'époque. Louis Renault, lui, il préfère les méthodes classiques. Alors en décembre 1933, il vire Lefèbvre.
Grosse erreur. Trois mois plus tard, André Citroën embauche l'ingénieur et lui confie une mission : créer la voiture de demain. Et là, mes amis, on va assister à un festival d'innovations.
Vous savez ce qui m'épate dans cette histoire ? C'est que Lefèbvre avait été impressionné par une voiture de course appelée la Tracta qui avait brillé aux 24h du Mans de 1927 avec sa traction avant. Six ans plus tard, il va adapter cette technologie de compétition pour en faire une voiture de série. Le mec était visionnaire.























































































































































